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Pour une vraie « nouveauté »

Lettre ouverte aux membres du Parti québécois

L’adjectif « nouveau  » et le concept de la « nouveauté » sont déclinés sous toutes les formes dans le discours entourant la course à la chefferie du Parti québécois. On parle d’idées nouvelles, de nouveaux visages, d’un nouveau style de leadership.

Le Groupe Femmes, Politique Démocratie (GFPD) s’étonne que la plus grande « nouveauté » démocratique envisageable soit pourtant si peu évoquée. Permettre aux Québécoises et Québécois de se donner une femme comme chef d’État ne constituerait-il pas le plus inédit des gestes démocratiques?

Le GFPD, qui est un organisme non partisan, s’interroge. Pourquoi le Parti québécois tarde-t-il à mettre cette nouveauté au centre de son discours? Y aurait-il des réticences à placer cette visée démocratique au cœur du débat?

Une société mieux représentée

Dédié à l’amélioration de la démocratie et à la formation citoyenne, le GFPD observe ce qui se passe actuellement et s’impatiente. Pour le Groupe, une société démocratique évoluée repose sur une représentation paritaire des femmes et des hommes dans les institutions politiques. C’est une condition de base. Actuellement, les élues ne sont pas assez nombreuses, avec 11 % dans les mairies, 21 % à la Chambre des communes ou même 32 % à l’Assemblée nationale, pour réellement influer sur les règles entourant la prise de décision et l’exercice de la démocratie.

Plusieurs sondages ont démontré que les citoyennes et les citoyens du Québec et du Canada sont prêts à élire une femme chef de gouvernement. Malgré cela, lors de la plupart des investitures, plusieurs freins à l’émergence de candidatures féminines se manifestent dans tous les partis et à tous les paliers. Mais une fois sur les rangs, on voit que les femmes sont élues avec la même fréquence que les hommes. En fait, si les Québécoises et les Québécois sont prêts à élire une femme, encore faudrait-il que les partis laissent passer des femmes dans les mailles du sas de leur investiture! À cet égard, les partis politiques seraient-ils en retard sur la société elle-même?

La parité des candidatures des hommes et des femmes

Il nous semble qu’aucun parti politique ne peut ignorer la responsabilité qu’il a de favoriser une représentation égalitaire des femmes et des hommes dans toutes les sphères de la politique. Un parti qui se veut avant-gardiste devrait, a fortiori, inclure cette préoccupation dans son approche démocratique.

Actuellement, une seule femme pose sa candidature à la chefferie du Parti québécois. Une seule sur une douzaine d’aspirants candidats. Pourquoi? On peut penser que les états de services de madame Marois sont tels que sa candidature a pu décourager toute autre femme de poser la sienne. Possible. Chose certaine, ce genre de raisonnement n’a pas cours chez les aspirants candidats masculins. Il semble évident qu’encore une fois les conditions ont été favorables aux candidatures masculines.

Quelles conditions un parti politique doit-il mettre en place pour favoriser une représentation paritaire des hommes et des femmes au moment de leur investiture comme candidat député, bien sûr, mais aussi comme candidat à la chefferie? Pour le GFPD, un parti soucieux de l’avancée de la démocratie se préoccupe de cette question, il en débat, et il s’en occupe par des mesures concrètes.

Le Groupe Femme, Politique et Démocratie juge cette question centrale. D’ailleurs, il fait sa part en aidant les femmes à s’engager dans l’action politique et démocratique. De façon plus précise, il tente de répondre aux besoins de formation à l’action citoyenne ou à l’engagement politique de la population québécoise en accordant une attention prioritaire aux demandes des femmes. En 2004 et 2005, il a préparé 50 aspirantes candidates (conseillères et mairesses) pour les élections municipales du 6 novembre prochain. Ces femmes se présenteront dans de petites, moyennes et grandes municipalités de presque toutes les régions du Québec.

Un nouveau leadership

Nous sommes persuadées qu’un nouveau « genre de politique » sera porté par les femmes élues, non pas en raison de qualités ou de vertus supérieures, mais plutôt à travers leur expérience de vie et leur approche souvent différente des problèmes.

Le Groupe Femmes, Politique et Démocratie est non partisan et n’appuie aucune candidature, quel que soit le palier électoral. En aucun cas, le GFPD ne propose d’élire une candidate parce qu’elle est une femme. Le GFPD veut plutôt rappeler que, dans ses institutions politiques, la société s’est trop longtemps privée de l’expérience et du jugement de la moitié de l’humanité. Il importe que, tous ensemble, nous tentions d’accélérer l’histoire.

Nous nous permettons d’inviter les membres du Parti québécois à profiter de cette course à la chefferie pour débattre de l’importance de la parité des femmes et des hommes dans la représentation politique du Québec. Nous les incitons à réfléchir à l’impact de leur choix sur la place des femmes en politique et, plus largement, sur l’avancement de la démocratie au Québec.

Une société ne peut avancer sans tendre vers des institutions politiques plus représentatives d’elle-même. Mettre le Québec à l’avant-garde des sociétés démocratiques, voilà une « nouveauté » qui mérite réflexion!

Groupe Femmes, Politique et Démocratie
Claire Prévost-Fournier, présidente et Élaine Hémond, directrice générale.

Ont signé aussi :
Nancy Beaudette, Anne Beaulieu, Lorraine Beaupré, Ginette Bergevin, Colette Bernier au nom des PÉPINES – Promotion des Estriennes pour initier une nouvelle équité sociale, Martine Blanc, Isabelle Boily, Pierrette Bouchard, Guy Bourgeault, Rose Burelle, Caroline Caron, Émilia Castro, Nicole Charette, Huguette Dagenais, Caroline Davoine, Anne-Marie Day, Judith Doyon, Jules Fournier, Francine Gagnon, Anne Gauthier, Marthe Giguère, Pauline Gingras, Claudette Girard, Emmanuelle Hébert, Christine Hernandez, Louisette Hinton, Denise Laferrière, Élisabeth Laliberté, Esther Lapointe, Liette Lapointe, Marie Leclerc, Hélène Leclère, Marie-Iris Légaré, Suzanne Lemire au nom de l’Association des femmes diplômées des universités de Québec, Claude Lessard, Lise Mathieu, Louise Masson, Michèle Morin, Lucie Paquette, Mireille Pelchat, Francine Pellerin, Sylvie Pigeon, Jocelyne Praud, Lucie Prévost, Natalie Rinfret, Paul-Émile Roberge, Lucie Saint-Gelais, Céline Saint-Pierre, Lise Santerre, Jackie Steele, Suzanne Tremblay au nom de la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-St-Laurent et Michel Umbriaco.
 

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